Figure de l’île d’Amanin (Tarn-et-Garonne), 1517

 

 

92a. Figure de l’île d’Amanin près de Castelsarrasin et Saint-Aignan (Tarn-et-Garonne), 1517 ou 1518

Sans titre.
1517 ou 1518

Parchemin,
dessin et lavis de couleur, 63 x 70 cm

Philadelphia (États-Unis), Rare Book and Manuscript
Library Web University of Pennsylvania (Schoenberg coll.), LJS 310.

Taupiac, 1885

 

Probablement commanditée en 1517 par le parlement de Toulouse, cette figure constitue un nouvel exemple de carte judiciaire. Elle figure les méandres de la Garonne non loin de Moissac. Les différents bras du fleuve sont encadrés au premier plan par les villages de Saint-Aignan et Castelferrus et à l’horizon par la ville fortifiée de Castelsarrasin. L’abbaye de Belle-Perche vient fermer le paysage sur la droite. La vue est centrée sur l’île d’Amanin qui est la source du conflit entre ces communautés.

Selon un procès-verbal de visite[1] de 53 feuillets de parchemin retrouvé en 2018 aux Archives communales de Castelsarrasin, un conflit a opposé la communauté de Castelsarrasin à celle de Saint-Aignan au motif que ces derniers exploiteraient sans autorisation les terres et les eaux de l’île d’Amanin censée appartenir à Castelsarrasin « depuis des temps immémoriaux ». Comme le montre les nombreux bras morts de la Garonne figurés sur la vue, l’origine du conflit remonte « à 20 ans ou plus », quand la Garonne « s’est fait un nouveau cours ». Alors qu’elle passait autrefois au pied du village de Saint-Aignan (qui avait un port), voici qu’elle a abandonné ce méandre pour trouver un lit plus direct au centre de la vallée. L’île d’Amanin – qui n’en est pas une –, autrefois reliée à Castelsarrasin, en est maintenant séparée par le fleuve et rattachée à l’autre rive. Les habitants de Castelferrus et Saint-Aignan peuvent donc s’y rendre à pied sec « pour y faire paître tous leurs animaux ». Le 3 décembre 1517, la cour d’appel conforte Castelsarrasin dans sa possession de l’île. Mais les consuls de Saint-Aignan s’opposent à la sentence du Parlement, contestant – avec mauvaise foi – la localisation précise des « lieux contentieux » malgré la réalisation de la vue. 

La cour sera contrainte de revenir sur les lieux un an plus tard. Le juge convoque les parties sur l’île d’Amanin afin d’acter que ce sont bien ces « prés, albaredes, ramiers et graviers bordant la Garonne » qu’il s’agit de départager. Feignant le malentendu, les consuls de Saint-Aignan ne se rendent pas à cette nouvelle convocation. Le juge rend un second arrêt le 28 novembre 1518 confirmant la première sentence.


[1] Archives communales de Castelsarrasin, AA 11.